Programme conçu par l’ensemble de l’équipe scientifique de l’Iméra et coordonné par Constance Moréteau, docteure en histoire de l’art contemporain, coordinatrice scientifique et chargée du développement de l’axe arts et sciences de l’Iméra.

Le programme Arts & Sciences : savoirs indisciplinés de l’Iméra, Institut d’études avancées d’Aix-Marseille Université, est transversal au sens où chacune des résidences partenariales qui le constitue est liée également à l’un des trois autres programmes interdisciplinaires de l’Iméra : ainsi la résidence Mucem/Iméra est rattachée au programme « Méditerranée », la résidence Citadelle de Marseille/Iméra est rattachée au programme « Utopies nécessaires » et la résidence ICI/Iméra est rattachée au programme « Exploration interdisciplinaires ».

Les appels mentionnés ci-dessus s’adressent autant aux chercheurs travaillant sur l’art qu’avec l’art et aux artistes investis dans une recherche située depuis une pratique artistique. A un niveau général, ce programme transversal reconnait les apports de l’art à des enjeux interdisciplinaires et sociétaux aux dimensions multiples, allant de la construction individuelle à de grands enjeux sociaux, politiques, identitaires, etc.

Un espace de réflexion collective sur la recherche en art et sur l’art

D’un point de vue méthodologique et institutionnel, le programme « arts et sciences : savoirs indisciplinés » est inséré dans un contexte académique, interdisciplinaire et international. Il représente un espace de réflexion collective sur la recherche en art et sur l’art, reconnaissant à l’art des spécificités, dont la liberté de ne pas être une discipline en soi, en combinant par exemple des savoirs de natures et époques différentes. Ce programme est donc animé collectivement par l’ensemble des membres de l’équipe scientifique de l’Iméra aux profils disciplinaires variés. L’acception « art » englobe ici tous les modes d’expression artistique existants, soit autant les arts plastiques, littéraires que sonores, l’architecture, l’art cinématographique, y compris documentaire, les arts de la scène et de la performance. Le patrimoine peut aussi être un objet de recherche et de création.

D’un point de vue thématique, le rattachement à un autre programme et à l’un de ses axes scientifiques permet aux recherches et interrogations suscitées par l’art (recherche sur l’art) ou constitutives de l’art (recherche en art) d’être nourries et interrogés par un dialogue régulier avec les autres résidents et chercheurs associés travaillant sur un champ thématique commun, et vice et versa. En tant qu’objet de recherche, mode d’action, producteur d’une pensée critique et de savoirs, l’art prend donc toute sa place dans ces échanges qui, mus par une forte curiosité, encouragent à expliciter les systèmes de pensée et d’énonciation de chacun. On affirme la place centrale que peuvent jouer l’imagination et la créativité, ainsi que les pratiques d’invention dans le monde académique et dans la société, quel que soit le sujet exploré. Ces facultés caractérisent d’ailleurs nombre des pratiques de recherche interdisciplinaire y compris hors du domaine de l’art.

Concernant les chercheurs travaillant sur l’art et avec l’art, ils peuvent être issus de toutes les sciences humaines et sociales, parmi lesquelles : la théorie de l’art, l’histoire de l’art, la sociologie, l’anthropologie, la philosophie, la géographie, etc. De plus, il est aussi ouvert aux sciences exactes et du vivant dès lors que le projet de recherche a un lien étroit avec l’art et/ou les artistes. Dans tous les cas, les recherches concernées ici doivent pouvoir problématiser l’impact de l’art dans la société ou ses engagements vis-à-vis de celle-ci et/ou sa situation carrefour entre plusieurs savoirs, en lien avec un ou plusieurs enjeux des programmes thématiques (voir les suggestions ci-dessous et leurs descriptions générales).

Concernant les artistes, l’Iméra peut accueillir plusieurs phases de leur projet dans la mesure où celles-ci nécessitent un dialogue soutenu avec des chercheurs issus des disciplines académiques au cours de la conception d’une œuvre, d’une pensée, d’un écrit (qu’il soit théorique, poétique, ou d’une autre nature) très tôt dans le processus ou un peu plus tard dans une phase de développement d’une œuvre, mais située avant la production. En effet, l’Iméra n’offre pas de moyens de production, mais un atelier non équipé, partagé avec un autre résident artiste, permettant une variété de configurations des savoirs, qui puissent aussi être spatialisées et matérialisées dans différents formats. Cela peut se faire aussi pour des accrochages en huis-clos ou semi-publics afin de partager des moments de recherche et des premiers aboutissements. La phase de développement est entendue comme une phase d’allers-retours constructifs entre des expérimentations « formelles » (écrites, plastiques, sonores, de montage, etc.) et de la recherche théorique, néanmoins informée par la pratique artistique, l’expérience de cette pratique et le sensible, en tant que practice-based research. Dans le cadre d’une production ou d’une édition à venir, l’Iméra peut être mentionné comme soutien dans la genèse d’une œuvre en ce qu’il offre du temps long dans ces phases décisives de gestation de l’œuvre et d’une pensée originale. Tel un moment de mise en pause de l’économie libérale de production artistique, ce programme permet aux rencontres humaines et scientifiques de se dérouler sans pression, aux interrogations d’être sources de développements féconds, aux déplacements des codes de l’art dans le monde académique d’ouvrir de nouvelles pistes et paradigmes.

Croisements avec les trois programmes de recherche de l’Iméra

Dans le cas du croisement avec le programme « Explorations interdisciplinaires », outre les sujets évoqués dans la présentation de celui-ci et la résidence partenariale qui lui est rattachée, les suivants sont particulièrement attendus : une réflexion sur l’usage de l’art dans les thérapies médicales et les psychothérapies, les relations entre l’histoire des sciences et l’histoire de l’art, les relations vivantes entretenues par les sciences vis-à-vis du patrimoine artistique, en particulier quand ces dernières renouvellent l’histoire de la discipline scientifique.

Dans le cas du croisement avec le programme « Méditerranée », outre les sujets évoqués dans la présentation générale de celui-ci et la résidence partenariale qui lui est rattachée, les suivants sont particulièrement attendus : une réflexion sur la Méditerranée en tant que genre artistique (« cinéma méditerranéen », « roman méditerranéen ») et catégorie muséale, les représentations des migrations en Méditerranée à travers les arts, la dialectique entre art et architecture en Méditerranée, le rôle des arts dans la patrimonialisation des espaces méditerranéens et l’étude de trajectoires individuelles ou collectives d’artistes dits « méditerranéens ».

Dans le cas du croisement avec le programme « Utopies nécessaires », outre les sujets évoqués dans la présentation de celui-ci et la résidence partenariale qui lui est rattachée, les suivants sont particulièrement attendus : des exemples montrant comment l’art et l’invention peuvent être mis et/ou pensés au service d’utopies concrètes. De manière non exhaustive, la création est approchée aussi sous le prisme de l’engagement des artistes, utilisée par exemple comme moyen, de résistance, voire vectrice de désobéissance civile, ou comme porteur de justice sociale, de réconciliation, de régénération, etc. Plus largement, il peut s’agir d’études de cas analysant l’impact d’expériences artistiques dans les sphères du politique et du social en lien avec des utopies concrètes, ou de réflexions plus larges sur ces dynamiques.

Contact : Constance Moréteau, coordinatrice scientifique de l’Iméra et chargée du développement de l’axe arts et sciences, constance.moreteau@univ-amu.fr