Abdoulaye Gueye, titulaire de la chaire EHESS/Iméra – Etudes transrégionales 2025-2026, organise un atelier de recherche qui vise à mettre en dialogue des chercheurs et universitaires basés en Afrique et hors du continent les 16 et 17 mars 2026.

event gueye mats 2026 1065x1065

Crédit : Eléa Ropiot – amU

L’état de la production scientifique en Afrique

Cet atelier vise à mettre en dialogue des chercheurs et universitaires basés en Afrique et hors du continent. S’appuyant sur des travaux universitaires en plein essor consacrés à l’état de la production scientifique en Afrique, ce groupe de sociologues, anthropologues, politologues et spécialistes en études littéraires approfondira certaines questions clés relatives à la production de connaissances sur le continent, notamment, mais sans s’y limiter :

  • L’état des collaborations intracontinentales et intercontinentales entre chercheurs basés en Afrique
  • L’accès des auteurs africains à la publication dans des revues universitaires nord-américaines dans un contexte de forte inégalité entre la valeur accordée aux revues publiées dans le Nord et celle accordée aux publications universitaires en Afrique.
  • Les disparités entre les sexes et leurs causes dans la production de connaissances en Afrique.
  • La signification accordée à la « décolonisation de la production de connaissances en Afrique » et sa traduction empirique.

Quelle évolution historique ?

Le rôle et la place de l’Afrique dans l’activité mondiale de production de connaissances ont préoccupé les universitaires et les hommes d’État du continent depuis la vague de décolonisation. Dans une ligne qui rappelle le point de vue de W.E.B. Du Bois (1897), selon lequel l’élévation des Noirs au statut des autres groupes raciaux nécessiterait le rejet de l’assimilation et de l’imitation pure et simple de la population blanche, un discours programmatique et militant a envahi la sphère intellectuelle du continent au cours des premières années de l’indépendance.

L’objectif premier de ce discours était de souligner la valeur de la production intellectuelle africaine et de soutenir l’autonomie intellectuelle des universités africaines. Ainsi, dans son discours prononcé lors del’inauguration de l’université de Dakar en 1959, Léopold Sédar Senghor, premier président du Sénégal, fidèle à sa réputation d’interlocuteur diplomatique, contredit poliment Lucien Paye, universitaire d’origine française et premier recteur de cette institution. En réponse à l’injonction de ce dernier d’ancrer la nouvelle institution dans la tradition intellectuelle française, Senghor affirma que cette université devait « [être] au service de l’Afrique [en] introduisant, parallèlement aux classiques européens, d’autres disciplines telles que la linguistique négro-africaine » (Bailleul, 1984). L’idée que l’Afrique promeut des épistémologies locales aussi dignes d’intérêt que les épistémologies européennes est plus qu’implicite dans le discours de Senghor.

Quelques années après son homologue sénégalais, en 1963, le président ghanéen, le Dr Kwame Nkrumah, a lancé une initiative plus concrète et plus disruptive que le discours de Senghor. Il s’agit de la création de l’Institut d’études africaines à l’Université du Ghana. Selon lui, cette initiative permettrait de mettre en avant une perspective centrée sur l’Afrique, de s’inspirer des institutions d’enseignement supérieur précoloniales africaines, de placer au centre des préoccupations l’étude des réalités des sociétés africaines et de poursuivre la création d’un corpus de connaissances répondant aux besoins et aux interrogations des Africains (Agbodeka, 1998 ; Crawford & al., 2021 ; Kane, 2016).

Les jeunes générations d’universitaires africains ont relancé ce projet. De l’ouvrage Decoloning the Mind (Décoloniser l’esprit) de Ngugi wa’ Thiongo au débat plus intense sur la philosophie africaine, la question posée est celle de l’autonomie de la production de connaissances africaines par rapport aux canons occidentaux (wa Thiong’o, 1986). Le mouvement récent appelé « théorie décoloniale africaine » remet en question la résilience des canons occidentaux dans le domaine de la production de connaissances en Afrique et prône une plus grande autonomie de ce domaine par rapport à la sphère intellectuelle occidentale (Ntoshe, 2004 ; Ndlovu-Gatsheni, 2020).

Participants

  • Thomas Véret, Associate Professor, Université de Rouen (France) ;
  • Hélène Quashie, Senior Researcher, LARTES (Sénégal) ;
  • Suzanne Koch, Professor of Sociology, Université technique de Munich (Allemagne) ;
  • Abdoulaye Gueye, Professor, Université d’Ottawa (Canada) et titulaire de la chaire EHESS/Iméra – Etudes transrégionales 2025-2026 ;
  • Innocent Azilan, Junior Researcher, Université de Lomé (Togo) ;
  • Patricia Alonso-Alvarez, Junior Researcher, Université Carlos III, Madrid (Espagne) ;
  • Shizuku Shinagawa, Doctoral Researcher, Université technique de Munich (Allemagne) ;
  • Cécile Van Den Avenne, Directrice de recherche, École des hautes études en sciences sociales, Marseille (France).

Informations pratiques

  • Date : lundi 16 et mardi 17 mars 2026
  • Horaires :
    • Lundi 16 mars : 13h-17h
    • Mardi 17 mars : 9h-17h
  • Lieu : Salle de conférence de la Maison Neuve (1er étage), Iméra, 2 place Leverrier 13004 Marseille

Venir à l’Iméra