Cet atelier, organisé par Seçil Dağtaş, titulaire de la chaire Région Sud/Iméra – Germaine Tillion : Demain, la Méditerranée 2025-2026, explore la manière dont les formes contemporaines de violence, de déplacement et de destruction transforment les pratiques d’archivage en moyens indispensables de survie, de documentation et de lutte politique. Il examine comment les archives sont produites, contestées et reconstituées dans des contextes où la possibilité même de conserver des documents est menacée, et où les actes de documentation deviennent indissociables des conditions de vie et de reconnaissance.

archives under conditions of rupture dagtas

Crédit photo :  Xiaoqian Shen sur Unsplash

Archiver la destruction

Les archives sont depuis longtemps considérées comme des lieux de pouvoir façonnés par les logiques de l’État, de l’empire et de l’autorité bureaucratique, et par ce qu’elles taisent tout autant que par ce qu’elles préservent. De nombreux travaux universitaires se sont attachés à mettre au jour ces fondements violents et à en faire ressortir les présences marginalisées, que ce soit par la contre-mémoire, la fabulation critique ou l’imagination spéculative. Pourtant, une grande partie de ces travaux aborde les archives avec un recul temporel, en interrogeant ce qui a été supprimé dans (ou rendu comme) le passé, ou en projetant une réparation sur un avenir encore à venir.

Cet atelier adopte un angle différent. Plutôt que de partir des archives en tant qu’institution, objet ou métaphore à analyser à distance, il suit les personnes pour qui les enjeux archivistiques sont immédiats. Il part du constat que, dans des contextes de violence persistante, de déplacement ou de suspension juridique, l’urgence de documenter et la destruction systématique des moyens de documentation se déroulent de plus en plus de concert, au même moment et en relation directe. Dans ces conditions, l’archivage consiste moins à préserver ce qui existe qu’à enregistrer ce qui est détruit, à revendiquer ce qui est nié et à maintenir des relations que les archives officielles ne peuvent ou ne veulent pas conserver.

Documenter un présent troublé

Cette évolution met en lumière les conditions dans lesquelles les documents acquièrent ou perdent leur valeur archivistique, ainsi que la manière dont les régimes de preuve structurent et dépassent ce qui peut être consigné, reconnu ou donné lieu à une action en justice. Elle attire également l’attention sur le travail relationnel à travers lequel les archives sont produites et entretenues, ainsi que sur les défis éthiques et méthodologiques auxquels sont confrontés les chercheurs qui, souvent aux côtés de leurs interlocuteurs ou par leur intermédiaire, participent à la documentation d’un présent troublé.

Au cours de cet atelier, nous explorerons ces dynamiques à travers un travail ethnographique et historique portant sur des contextes aussi variés que la Turquie au lendemain du séisme, les procédures d’asile en Allemagne, les mouvements militants en Corée du Sud, les revendications territoriales autochtones et les pratiques artistiques au Canada, les récits de survivants de naufrages sur la côte sud de l’océan Indien, et l’exil en Jordanie. Quelles formes prend l’archivage lorsque c’est la rupture, plutôt que la continuité, qui structure la vie quotidienne ?

En mettant ces cas en dialogue, l’atelier aborde les archives non pas comme un objet figé ou un regard extérieur, mais comme un ensemble de pratiques grâce auxquelles les individus naviguent dans le présent, entretiennent des relations à travers le temps et rendent leur univers lisible dans un contexte d’incertitude.

Cet atelier est organisé par Seçil Dağtaş, Associate Professor au département d’anthropologie de l’Université de Waterloo au Canada, et Veronica Ferreri, Global Marie Curie Fellow au département d’Humanités de l’Université « Ca’ Foscari » de Venise.

Programme

Ce programme est préliminaire. Il peut être amené à évoluer d’ici au 9 juin 2026.
Les sessions sont hybrides et peuvent donc être suivies en présentiel, ainsi qu’en distanciel.

  • 10h-12h : Session I (semi-publique, sur invitation)
    Présentation du numéro spécial par les deux rédactrices en chef, suivie d’une discussion.
  • 12h-13h30 : déjeuner
  • 13h30-15h30 : Session II (à huis clos)
    Séance à huis clos permettant aux auteurs et aux autres participants intéressés de lire et de discuter, en petits groupes, des documents distribués au préalable.
  • 15h30-16h : pause café
  • 16h-17h30 : projection du film Partition de la cinéaste et anthropologue Diana Allan (Université McGill), suivie d’une séance de questions/réponses.

Les sessions I et II se tiendront en salle de conférence de la Maison Neuve.
La projection aura lieu en salle de conférence de la Maison des Astronomes.

Informations pratiques

  • Date : mardi 9 juin 2026 de 10h à 17h30
  • Lieu : Salle de conférence de la Maison Neuve, Iméra, 2 place Leverrier 13004 Marseille
  • Toutes les sessions de l’événement se dérouleront en format hybride et se tiendront principalement en anglais.

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