Dans les sociétés méditerranéennes de l’époque moderne, des personnes esclavisées pouvaient vivre, travailler et circuler avec une relative autonomie. Loin d’être informelles, ces situations révèlent la pluralité des régimes juridiques qui encadraient la condition servile. Ce workshop, proposé par Thomas Glesener, maître de conférences au TELEMMe en congé recherche à l’Iméra en 2025-2026, explore comment ces ordres normatifs concurrents s’articulent, se heurtent et contribuent à redéfinir, au quotidien, les frontières de la dépendance.

glesener extrait abraham storck seaport

Extrait du tableau « View of a seaport » d’Abraham Storck, domaine public – WikiCommons

L’histoire de l’esclavage en Méditerranée présente une quantité de situations échappant à première vue aux cadres normatifs qui définissaient la condition d’esclave. Accès au travail salarié, liberté de circulation, possibilité de témoigner ou de porter plainte devant les tribunaux, capacité à posséder, hériter ou transmettre des biens : autant d’actions où des esclaves étaient fréquemment engagés en dépit des incapacités juridiques liées à leur statut. Ces situations, largement documentées, ont généralement été considérées comme des zones grises du droit. Il s’agirait d’espaces de dérégulation ou de déviance, livrés aux pratiques informelles, et permettant soit l’exercice de l’arbitraire des maîtres, soit la manifestation de l’agentivité des esclaves.

Une jurisprudence variée selon les localités

Ce workshop propose de déplacer le regard en cherchant le formel dans les situations informelles. Plutôt que de qualifier a priori ces pratiques de déviantes ou d’informelles, il s’agit de les considérer comme des espaces de pluralité normative dans lesquels il était possible de mobiliser d’autres registres de droit. Forgés par l’usage ou la coutume, mais aussi activés par les multiples appartenances de genre, de classe, de race ou de religion des esclaves, ces régimes différents d’esclavage étaient adossés à des institutions locales ou supra-locales qui se trouvaient alors en mesure d’intervenir dans les conflits et de contribuer ainsi à redéfinir les contours de la dépendance servile. Dès lors, la présence de travailleurs en semi-liberté dans les petits métiers urbains ou les revendications de mères esclavagisées sur leur nouveau-né étaient moins le résultat d’une capacité de négociation menée dans un espace de non-droit, que le produit de frictions entre ordres normatifs concurrents. Ces pratiques participaient à l’élaboration d’une jurisprudence extrêmement diverse, variant d’une localité à l’autre, et façonnant des régimes juridiques spécifiques de la condition servile.

En interrogeant la pluralité des formes de l’esclavage en Méditerranée, leur confrontation et leur emboîtement, ce workshop invite ainsi à penser l’histoire de l’asservissement non plus comme celle d’un système unifié, mais comme un espace de frottements entre des régimes juridiques concurrents.

Programme

  • 9h : Accueil avec prise de parole de Brian Sandberg (Iméra), Thomas Glesener (Aix Marseille Université, TELEMMe, Iméra), et Daniel Hershenzon (University of Connecticut).
  • 9h15-10h45
    • Teresa Peláez Domínguez (Universidad de Valencia)
      « Forçats du roi » : dépendance et appartenance dans les chiourmes de galères d’Espagne (XVIe siècle)
    • Daniel Hershenzon (University of Connecticut)
      Gender, Reproduction, and Slavery in the Early Modern Mediterranean
  • 10h45-11h15 : pause café
  • 11h15-12h45
    • Guillaume Calafat (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, IUF)
      La caravane capturée : 165 hajji captifs en Sicile (1716-1723)
    • Noga Marmor (Harvard University)
      Black, Enslaved, Artists: Royal Slaves in the Spanish Court
  • 14h-15h30
    • Achille Marotta (European University Institute, Florence)
      Chains of Credit: Merchant Slaves and Bonded Heirs in Early Modern Genoa.
    • Brian Sandberg (Iméra)
      Titre en attente
  • 15h30-16h : pause café
  • 16h-17h : Discussion générale animée par Natividad Planas (Université Clermont Auvergne) et Thomas Glesener (Aix Marseille Université, TELEMME, Iméra)

Cet événement est organisé par Thomas Glesener, Daniel Hershenzon et Brian Sandberg, en collaboration avec TELEMMe (UMR 7303, amU/CNRS), ainsi qu’avec le soutien financier du Fonds d’Intervention Recherche (FIR) d’Aix Marseille Université.

Informations pratiques

Venir à l’Iméra