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Jan Yasin Sunca

Disciplines : Sciences politiques

Poste et institution de provenance : Chercheur postdoctoral FNRS au REPI – Recherche et études en politique internationale – Université libre de Bruxelles (Belgique)
Type de résidence : Résidence annuelle
Chaire : FIAS fellowship Programme, soutenu par le programme de recherche et d'innovation Horizon 2020 de l'Union européenne dans le cadre du contrat Marie Skłodowska-Curie n°101217263
Programme de recherche : Utopies nécessaires
Période de résidence : Septembre 2026 – Juin 2027

Projet de recherche

Alter-démocratie : les utopies démocratiques face à la crise de la démocratie

Résumé du projet

Repenser la démocratie face à son repli libéral

Ce projet part d’un paradoxe simple mais urgent : la démocratie représentative libérale et l’ordre international libéral traversent une crise profonde, alors que le besoin de démocratie reste inchangé, voire plus urgent que jamais. Ce qui apparaît aujourd’hui comme une crise de la démocratie ne se résume pas à l’affaiblissement des institutions, à la montée en puissance de dirigeants autoritaires ou à l’érosion des normes électorales. C’est aussi la crise d’une conception hégémonique qui a réduit la démocratie à des droits individuels libéraux, à des institutions fonctionnelles et à des élections « libres et équitables ». Cette conception est devenue trop étroite pour répondre au moment historique qu’elle prétend régir.

La nécessité de transformer la démocratie découle donc de deux crises étroitement liées. La première est la crise de l’ordre international libéral, qui se manifeste par le dysfonctionnement croissant des institutions internationales, leur incapacité à réagir face aux massacres, aux guerres et à la dévastation écologique à grande échelle qui se poursuivent, ainsi que par la reconfiguration de hiérarchies violentes dans un contexte politico-mondial en mutation. La seconde est la crise de la démocratie représentative libérale, qui s’est révélée structurellement permissive à l’égard des formations politiques racistes, sexistes, nationalistes et classistes. Dans différentes parties du monde, les forces autoritaires, exclusives et avides de domination recourent souvent aux procédures formelles de la démocratie afin d’en vider le contenu émancipateur.

Dans ce contexte, le projet propose de repenser la démocratie au-delà de la rigidité de sa forme libérale et représentative. Son objectif n’est pas d’abandonner la démocratie, mais de la soustraire à l’étroitesse idéologique libérale. Il s’interroge sur les enseignements à tirer des expériences démocratiques alternatives qui ont vu le jour pour lutter contre la domination, la violence d’État, les hiérarchies coloniales, le patriarcat, le racisme et l’exclusion. Ces expériences ne sont pas simplement considérées comme des cas empiriques de mouvements sociaux, mais comme des utopies démocratiques concrétisées qui innovent, intègrent, préfigurent, mettent en œuvre et pratiquent d’autres formes de vie démocratique. Le projet nomme ce champ d’étude « alter-démocratie ».

L’alter-démocratie, une utopie mobilisatrice

Les thèmes centraux sur lesquels s’appuie cette recherche sont la démocratie radicale, la démocratie directe, la démocratie des mouvements, la démocratie révolutionnaire et la démocratie féministe. Ce projet prend au sérieux les innovations démocratiques issues de mouvements et de projets politiques qui ne se contentent pas de réclamer une place au sein des institutions existantes, mais cherchent à transformer le sens même, l’ampleur et la pratique de la participation démocratique. Bien qu’elles soient menacées dans leur existence même en raison précisément de la domination de notre époque par la realpolitik, des expériences telles que celles du Rojava et du Chiapas sont essentielles, car elles ont développé des pratiques d’autogouvernance, d’organisation communautaire, de participation directe et d’autonomie démocratique face aux logiques politiques centrées sur l’État. Les mouvements féministes, notamment la grève internationale des femmes, le mouvement Jin, Jiyan, Azadî et les mobilisations féminines plus larges dans les pays du Sud, sont tout aussi importants car ils repensent la démocratie du point de vue des luttes contre le patriarcat, la reproduction sociale, la violence d’État et la domination fondée sur le genre. Des mouvements tels que les Indignados, Black Lives Matter et d’autres luttes anti-austérité ou antiracistes révèlent également les limites de la démocratie représentative libérale tout en produisant des formes alternatives de participation politique.

Fondamentalement, il s’agit non seulement de saisir quelles formes de démocratie émergent de la base, des marges et des expériences historiques de domination, mais aussi de comprendre comment ces expériences repensent la démocratie, d’où elles tirent leur inspiration, comment elles se font écho les unes aux autres, et ce que leurs limites peuvent nous apprendre. En d’autres termes, cela ramène aux origines ontologiques du besoin de démocratie et aux épistémologies liées aux expériences locales de la domination. Il aspire à tirer des enseignements à partir des pratiques démocratiques des mouvements qui cherchent à rendre la domination structurellement inadmissible, et à y réfléchir.

Le projet « mobilise » l’utopie pour donner un sens aux expériences de l’alter-démocratie à travers deux perspectives profondes ouvertes par le regretté Fredric Jameson. La première conçoit l’utopie comme une nécessité historique face à la fermeture idéologique. Du point de vue du pouvoir hégémonique, les imaginaires démocratiques alternatifs sont souvent écartés comme des rêves irréalistes. Pourtant, du point de vue des dominés, l’utopie n’est pas une forme d’évasion. C’est une revendication de la vérité face à la violence de ce qui est présenté comme normal, réaliste et inévitable. La pensée utopique devient la condition de possibilité de relations politico-sociales différentes en cours de construction.

La deuxième conception met l’accent sur le fossé entre le présent empirique et l’avenir imaginé. Les expériences alter-démocratiques étudiées dans le cadre de ce projet se situent précisément dans ce fossé. Elles ne sont pas des abstractions de la « réalité », car elles ont déjà été mises en pratique. Mais elles ne peuvent pas non plus être considérées comme des modèles achevés. Si une utopie devient totalement fermée, figée et fonctionnelle, elle risque de se transformer en une nouvelle idéologie de domination. Ainsi, le projet aborde l’alter-démocratie à travers son caractère inachevé, son imperfection et son besoin permanent d’engagement critique.

Collectiviser la pensée

La démocratie étant elle-même un processus participatif, ce projet est conçu comme une entreprise intellectuelle collective. Son objectif est de réunir des chercheuses et chercheurs travaillant sur des expériences démocratiques radicales, directes, féministes, communautaristes, fondées sur la contestation et issues de mouvements sociaux, afin de mener une réflexion collective sur la signification de l’alter-démocratie. Le projet s’articulera autour de trois temps forts d’échange. La première étape se concentrera sur les fondements théoriques de l’alter-démocratie et le cadre de la mobilisation de l’utopie. La deuxième étape se concentrera sur des expériences concrètes d’alter-démocratie, en réunissant des chercheuses et chercheurs travaillant sur différents mouvements, régions et pratiques démocratiques. La troisième étape consistera en une conférence ouverte destinée à partager les résultats du projet avec un public universitaire et grand public plus large.

En fin de compte, ce projet ne présente pas ces expériences démocratiques alternatives comme des modèles parfaits à reproduire. Il les considère plutôt comme des tentatives vivantes, ancrées dans leur contexte et ayant un retentissement mondial, visant à repenser et à mettre en pratique la démocratie autrement. À un moment où la démocratie libérale semble incapable de s’opposer à sa propre destruction, l’alter-démocratie soutient que l’avenir pourrait dépendre des enseignements tirés de ceux qui ont déjà été contraints d’inventer la démocratie autrement.

Biographie

Le Dr Jan Yasin Sunca est chercheur postdoctoral FNRS au REPI – Recherche et études en politique internationale, à l’ULB – Université libre de Bruxelles. Il mène un projet de recherche sur l’héritage colonial de l’État-nation en tant que projet d’autodétermination qui a échoué, ainsi que sur les luttes pour la décolonisation dans les espaces postcoloniaux, à travers les expériences du Rojava, du nord et de l’est de la Syrie, et du Chiapas, au Mexique.

Il a obtenu un master en sciences politiques à l’ULB ainsi qu’un doctorat conjoint en sciences politiques et en sociologie à l’université de Gand, en Belgique, et à l’université de Bielefeld, en Allemagne. Sa thèse de doctorat portait sur l’émergence et la matérialisation de la résistance contre les ordres mondiaux hégémoniques, à travers une étude de cas sur le confédéralisme démocratique et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Ses recherches s’inscrivent dans le cadre de la sociologie politique et historique internationale, et portent en particulier sur les théories de l’État-nation et de la démocratie, les expériences d’apatridie et les politiques contemporaines de décolonisation.

Jan Yasin Sunca est un résident FIAS 2026-2027.
Le FIAS fellowship Programme est soutenu par le programme de recherche et d’innovation Horizon 2020 de l’Union européenne dans le cadre du contrat Marie Skłodowska-Curie n°101217263.

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france 2030

Appels à candidature

Les résidences de recherche que propose l’Iméra, Institut d’études avancées (IEA) d’Aix Marseille Université, s’adressent aux chercheurs confirmés – académiques, scientifiques et/ou artistes. Ces résidences de recherche sont distribuées sur quatre programmes (« Arts & sciences : savoirs indisciplinés », « Explorations interdisciplinaires », « Méditerranée » et « Utopies nécessaires »).