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Gentilcore David

Poste et institution de provenance : Professeur d'histoire des débuts de l'ère moderne, centre des sciences humaines médicales et école d'histoire, université de Leicester. — résidence EURIAS/Iméra
Type de résidence : Résidence de recherche
Période de résidence : 11 septembre 2017 – 13 juillet 2018

Projet de recherche

La meilleure des choses : L’eau potable en Méditerranée, 1400-1900

Résumé du projet

L’eau est la meilleure des choses », selon la première ode olympienne de Pindare (476 av. J.-C.) : c’est d’elle que dépend toute vie humaine. C’est une ressource, mais à des niveaux très divers : économique, social, culturel et politique. L’eau a une signification à la fois locale et transnationale. Elle constitue donc une base privilégiée à partir de laquelle il est possible de reconstruire l’identité et les formes d’autoreprésentation de toute population et de toute culture.Le projet se concentrera sur l’eau potable, en la plaçant dans le contexte beaucoup plus large de la « culture de l’eau » de la Méditerranée au début et à la fin de la période moderne. Par « culture de l’eau », j’entends à la fois les aspects matériels (tels que l’ingénierie hydraulique ou la législation sur l’eau) et les caractéristiques non matérielles (telles que les croyances et les pratiques).L’eau potable, à la fois en tant que substance et en tant que pratique culturelle et sociale, est l’aspect le moins étudié de la culture de l’eau. Le sujet se distingue par son absence dans les histoires du début de la période moderne ; et pourtant, pour le philosophe des Lumières Jean-Jacques Rousseau, l’accès à l’eau potable était le point de départ du langage et de la communication.La difficulté pour l’historien réside dans la banalité et l’ambiguïté même de l’eau, ce qui signifie que nous devons chercher plus attentivement (et dans des endroits différents) les références qui s’y rapportent et les interpréter judicieusement. Si, dans le passé, les gens buvaient beaucoup de vin et de bière, on suppose que c’était parce que l’eau était dangereuse, source potentielle de maladie, voire de mort. Mais ce n’est qu’une partie de l’histoire. Le préjugé contre l’eau en tant que boisson n’était pas tant dû à des préoccupations concernant sa mauvaise qualité qu’à des préjugés hérités de la culture classique ; si l’on examine les pratiques actuelles, l’eau revient au premier plan. Les communautés se donnaient beaucoup de mal pour se procurer de l’eau propre, qu’il s’agisse de travaux publics élaborés, de la construction de citernes d’eau de pluie publiques et domestiques ou de la présence quotidienne de vendeurs d’eau dans les villes. Les ressources en eau étaient partout soigneusement gérées et distribuées (et disputées). L’historien peut reconstituer et analyser tout cela. La Renaissance a vu les premières tentatives de compréhension et d’application des « vertus » de l’eau potable. Au XVIIe siècle, des médecins comme le Toscan Francesco Redi ont commencé à prescrire des eaux minérales spécifiques dans le cadre de traitements pour leurs patients. Au siècle suivant, les médecins du Siècle des Lumières utilisent la science chimique naissante pour étudier leurs propriétés afin d’en faire un usage plus efficace, comme l’enquête menée par la Société royale de médecine française. L’eau minérale n’est qu’un point de départ dans le projet « Best of All Things ». Il se concentrera sur la période commençant par la grande résurgence des projets d’ingénierie hydraulique et l’intérêt médical pour la consommation d’eau, inaugurés par la Renaissance, jusqu’aux pandémies du XIXe siècle et aux réseaux d’eau urbains qui en ont résulté à la fin du XIXe siècle. L’approche sera interdisciplinaire, associant l’anthropologie, la géographie, l’archéologie et diverses branches de l’histoire (histoire de la médecine, histoire de l’alimentation, histoire de l’architecture).En ce qui concerne la portée géographique du projet, l’unité culturelle de la Méditerranée a été exprimée de la manière la plus éloquente par l’historien français Fernand Braudel, pour qui la relation de l’homme à son environnement était la constante déterminante de l’histoire de l’humanité. L’eau revêt une importance culturelle et religieuse profonde pour tous les pays qui bordent la Méditerranée (paradoxalement, aujourd’hui, ils sont tous confrontés à une crise de l’eau que peu d’entre eux semblent vouloir affronter ou admettre). Bien que toutes les sociétés soient en quelque sorte hydrauliques, dépendantes de la gestion et de la distribution de l’eau, nulle part cela n’est plus important qu’en Méditerranée, où l’eau douce a toujours été imprévisible – de courtes périodes de surabondance alternant avec de plus longues périodes de pénurie.

Appels à candidature

Les résidences de recherche que propose l’Iméra, Institut d’études avancées (IEA) d’Aix Marseille Université, s’adressent aux chercheurs confirmés – académiques, scientifiques et/ou artistes. Ces résidences de recherche sont distribuées sur quatre programmes (« Arts & sciences : savoirs indisciplinés », « Explorations interdisciplinaires », « Méditerranée » et « Utopies nécessaires »).