Antoni Rodriguez-Fornells, FIAS FP x Iméra fellow 2024-2025, est co-auteur de l’étude « Stable Diffusion Models Reveal a Persisting Human–AI Gap in Visual Creativity » qui vient de paraître dans Advanced Science en mars 2026.
Tester l’imagination créative d’une IA générative
Lors de cette étude, axée sur la créativité visuelle et l’imagination, un modèle d’IA générateur d’images, plus précisément Stable Diffusion, a été soumis à une tâche faisant appel à l’imagination créative, aux côtés de deux groupes de participants humains : des artistes plasticiens et des membres du grand public.
Afin de reproduire un style de dessin visuellement comparable, le modèle génératif a été entraîné à partir des productions créatives des participants humains, puis testé dans deux conditions : avec et sans intervention humaine, en utilisant des consignes détaillées et concrètes dans le premier cas, et des consignes plus basiques dans le second. Cette manipulation visait à identifier les effets de l’intervention humaine sur la capacité du modèle à générer avec succès des productions créatives.
Les résultats de l’étude ont révélé que les modèles d’IA générative obtenaient de mauvais résultats dans la production d’images créatives. Les artistes visuels ont été jugés les plus créatifs, suivis par la population générale, puis seulement le modèle d’IA guidé par l’humain, et enfin, en net désavantage, le modèle d’IA non guidé.
Des résultats à l’encontre du consensus scientifique actuel
La mise à disposition auprès du grand public des grands modèles de langage (LLM) et des modèles de génération d’images (tels que Midjourney, DALL-E ou Stable Diffusion) au cours des dernières années a donné lieu à des visions de plus en plus dystopiques concernant ces modèles d’IA, qui parviennent avec un succès incroyable à simuler les productions artistiques humaines.
Face aux premières recherches en sciences cognitives sur les modèles d’IA, qui rapportaient souvent des résultats apparemment très intelligents et cohérents issus de divers tests psychométriques, les résultats de cette étude vont à l’encontre du consensus actuel, en soulignant la nécessité d’établir une distinction claire entre la capacité à reproduire des productions créatives convaincantes et l’existence d’un véritable processus créatif à l’œuvre en coulisses.
À l’heure actuelle, si les modèles d’IA générative peuvent en effet paraître créatifs, la déconstruction de leur processus imaginatif révèle leur manque de véritables capacités créatives autonomes, la créativité de l’IA restant ainsi un mythe.
Ce projet a été mené par une équipe internationale de chercheurs, composée de membres du Centre de vision par ordinateur (UAB), de l’IDIBELL-Université de Barcelone (Unité de cognition et de plasticité cérébrale et Centre pour le langage et le calcul) et du Vienna Cognitive Science Hub.
Antoni Rodriguez-Fornells a pu travailler à la rédaction de cet article lors de sa résidence à l’Iméra de septembre 2024 à juillet 2025, rendue possible grâce au FIAS fellowship Programme, soutenu par le programme de recherche et d’innovation Horizon 2020 de l’Union européenne dans le cadre du contrat Marie Skłodowska-Curie n°945408.