Crédit photo : Eleni Kougionis
Maryam Palizban
Projet de recherche
La connaissance artistique à travers le corps des femmes : Mémoire cinématographique et histoires orales dans l’Iran post-révolutionnaire
Résumé du projet
Le corps des femmes comme lieu de mémoire et de connaissance
Depuis la révolution iranienne de 1979, le corps des femmes occupe une place centrale et très contestée dans le paysage politique, social et culturel de l’Iran. Ils sont devenus des sites sur lesquels s’inscrivent les conflits idéologiques, les réglementations de l’État, les désirs collectifs et les luttes pour la liberté. Dans le même temps, le corps des femmes est resté un puissant vecteur de mémoire, de résistance et d’imagination culturelle.
Ce projet étudie la manière dont le savoir artistique est généré, incarné et transmis par le corps des femmes dans le cinéma iranien post-révolutionnaire. Il explore le cinéma non seulement en tant que moyen de représentation, mais aussi en tant qu’espace où émergent d’autres formes de connaissance, des formes de connaissance fondées sur l’expérience vécue, l’affect, la mémoire et le témoignage incarné.
Le projet s’intéresse particulièrement à la manière dont les femmes cinéastes, actrices et artistes ont négocié les systèmes de censure et de contrôle politique tout en créant de nouveaux langages visuels et narratifs. Plutôt que d’aborder les femmes uniquement comme des sujets représentés à l’écran, la recherche s’intéresse à la manière dont les femmes elles-mêmes deviennent des productrices et des transmetteurs de connaissances par le biais de la pratique artistique, de la performance, de la mémoire et de la narration.
L’urgence de ces questions est devenue particulièrement visible à la suite du mouvement Women, Life, Freedom, qui a transformé les conversations mondiales sur le genre, la résistance et l’action politique en Iran. Dans ce contexte, le projet cherche à comprendre comment les pratiques cinématographiques et artistiques contribuent à préserver la mémoire culturelle et à imaginer des avenirs alternatifs.
Cinéma, histoires orales et témoignages incarnés
Le projet combine l’analyse de films et la recherche sur l’histoire orale afin de créer un dialogue entre la représentation cinématographique et l’expérience vécue. Au centre de ce projet se trouvent les voix des femmes qui ont façonné le cinéma iranien à travers différentes générations et périodes historiques.
Grâce à des entretiens approfondis avec des actrices, des cinéastes et des personnalités culturelles – y compris des pionniers du cinéma prérévolutionnaire ainsi que des artistes contemporains travaillant à l’intérieur et à l’extérieur de l’Iran – le projet recueille des témoignages qui éclairent les expériences de censure, de migration, de création artistique, de transformation politique et de survie.
Ces entretiens ne sont pas traités comme de simples documents historiques. Ils sont plutôt considérés comme des actes épistémiques : des moments où la connaissance est produite par la mémoire, la narration et l’expérience incarnée. L’histoire orale devient une méthode d’accès à des formes de connaissance qui restent souvent absentes des archives officielles et des historiographies dominantes.
Parallèlement à ces témoignages, le projet entreprend une analyse minutieuse d’une sélection de films iraniens datant de la période pré-révolutionnaire et post-révolutionnaire. Une attention particulière est accordée à l’évolution de la représentation du corps des femmes, aux politiques de visibilité et d’invisibilité, à la relation entre le silence et la voix, et aux stratégies créatives développées par les cinéastes en réponse à la censure.
En associant les histoires orales et l’analyse cinématographique, le projet propose un nouveau cadre pour comprendre comment la mémoire culturelle est créée, préservée et transformée par les pratiques artistiques. Il contribue également à des débats plus larges sur la théorie féministe, la pensée décoloniale, les études sur la mémoire et la recherche artistique.
Recherche artistique et essai cinématographique
Un élément central du projet est la création d’un essai cinématographique de 90 minutes qui combine des témoignages oraux, des documents d’archives, des extraits de films et des éléments performatifs. Plutôt que de fonctionner comme un simple enregistrement documentaire, l’essai cinématographique est une forme de recherche artistique et de production de connaissances à part entière.
La forme cinématographique permet un mode d’investigation qui va au-delà de l’écriture académique conventionnelle. Par le biais du montage, du rythme, de l’image, de la voix et de la performance, le film explore les dimensions émotionnelles et affectives de la mémoire qui résistent souvent à l’analyse purement textuelle. Il cherche à créer un espace où les histoires personnelles croisent les expériences collectives et où l’expression artistique devient un véhicule de réflexion critique.
Le film fonctionnera comme un support poétique de connaissance incarnée et de contre-mémoire. Il explorera la manière dont le corps des femmes porte les traces de la violence historique, de la répression politique, du déplacement et de la résistance, tout en ouvrant des possibilités d’imagination, de créativité et de transformation.
Parallèlement à l’essai cinématographique, le projet produira des publications scientifiques et des archives numériques multilingues d’histoires orales. Ensemble, ces résultats visent à rendre les connaissances collectées accessibles aux chercheurs, aux artistes, aux étudiants et à un public plus large.
En associant le cinéma, l’histoire orale, la théorie féministe et la pratique artistique, cette recherche cherche à développer de nouvelles façons de comprendre comment la connaissance est incarnée, mémorisée et partagée. En fin de compte, elle s’interroge sur la manière dont les voix, les corps et les pratiques artistiques des femmes peuvent contribuer non seulement à documenter l’histoire, mais aussi à imaginer des avenirs plus justes et plus émancipateurs.
Biographie
Maryam Palizban est chercheuse en études théâtrales et culturelles, poète, actrice, auteure et commissaire d’exposition basée à Berlin . Travaillant à la fois dans le domaine universitaire et artistique, ses recherches explorent les intersections entre la performance, le cinéma, la religion, le féminisme et la théorie culturelle, avec un accent particulier sur le corps en tant que site de mémoire, de résistance et de production de connaissances.
Elle a obtenu son doctorat à la Freie Universität Berlin et au Centre for Literary and Cultural Research (ZfL). Sa monographie The Performativity of Killing (Kadmos, 2017) a examiné le martyre et la théâtralité chiite, tandis que ses travaux actuels portent sur les connaissances artistiques, la corporalité des femmes, les histoires orales et la mémoire cinématographique dans l’Iran post-révolutionnaire. Parallèlement à ses travaux universitaires, elle s’est construit une carrière internationale dans le cinéma et la performance, apparaissant dans des films acclamés tels que Deep Breath (Festival de Cannes), Fat Shaker (Tiger Award, Festival international du film de Rotterdam), Lantouri, et Roya (Berlinale). Elle est cofondatrice et conservatrice de 3 Days to Liberation, une plateforme internationale réunissant des artistes, des cinéastes, des universitaires et des activistes d’Iran et de la diaspora. Par sa pratique artistique et scientifique, elle cherche à créer de nouveaux dialogues entre la pensée féministe, la connaissance incarnée et la transformation sociale.
Maryam Palizban est une résidente FIAS 2026-2027.
Le FIAS fellowship Programme est soutenu par le programme de recherche et d’innovation Horizon 2020 de l’Union européenne dans le cadre du contrat Marie Skłodowska-Curie n°101217263.