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Marlène Monnet Dupuy

Disciplines : DanseMédiation culturelleSciences de gestion
Poste et institution de provenance : Maître de conférences en sciences de gestion, Centre de Recherche sur le Transport et la Logistique , Aix Marseille Université
Type de résidence : Congé-recherche
Chaire : Congé-recherche
Programme de recherche : Arts & Sciences : savoirs indisciplinés, Utopies nécessaires
Période de résidence : Février – Juin 2027

Projet de recherche

Rythmes du travail, rythmes du corps : vers un management sensible et durable à travers la danse

Résumé du projet

Comment concilier performance économique, exigences environnementales et responsabilités sociétales au sein des organisations ? Que deviennent ces ambitions lorsqu’elles se traduisent dans les pratiques quotidiennes ? Ces questions sont au cœur de mes recherches en logistique et supply chain management, consacrées aux conséquences parfois inattendues des démarches de durabilité dans les chaînes logistiques (Carter, Kaufmann et Ketchen, 2020).

Loin de supprimer les tensions organisationnelles, les démarches de durabilité peuvent en faire émerger de nouvelles, comme le montrent les travaux sur la logistique du dernier kilomètre, les plateformes collaboratives ou les filières de recyclage : articuler efficacité logistique et réduction des impacts environnementaux, créer de la valeur sociale tout en assurant la viabilité économique, ou encore répondre à des attentes divergentes des différentes parties prenantes (Monnet Dupuy et Moncef, 2021 ; Moncef et Monnet Dupuy, 2021).

Aujourd’hui, ces tensions évoluent avec l’accélération des transformations numériques, le développement de l’intelligence artificielle et les exigences croissantes de responsabilité sociétale. Les organisations sont invitées à être plus performantes, plus innovantes, plus responsables et plus attentives aux conditions de travail. Pris séparément, ces objectifs sont légitimes ; poursuivis simultanément, ils deviennent difficiles à faire converger : c’est ce que la littérature en sciences de gestion qualifie de paradoxes (Poole et Van de Ven, 1989), en particulier des paradoxes de durabilité lorsqu’ils concernent la conciliation des enjeux économiques, environnementaux et sociaux des organisations (Smith et Lewis, 2011 ; Van der Byl et Slawinski, 2015 ; Hahn et al., 2015).

Ces paradoxes ne se réduisent pas à des arbitrages stratégiques et se manifestent dans les façons dont les acteurs agissent, coopèrent et composent avec des objectifs parfois contradictoires (Gherardi, 2009 ; Smith et Lewis, 2011). Ils se traduisent également dans l’expérience vécue du travail, à travers les rythmes d’activité, les formes de coordination, les interactions et les ajustements permanents qui accompagnent l’évolution des organisations (Ancona, Okhuysen et Perlow, 2001 ; Orlikowski et Yates, 2002). Les travaux sur les temporalités organisationnelles montrent en effet que les changements organisationnels s’accompagnent de transformations des rythmes de travail.

Déplacer le regard sur les paradoxes de durabilité

Le projet développé à l’Iméra part de l’hypothèse que mieux comprendre ces paradoxes suppose de déplacer le regard : l’objet de recherche reste le même, ce sont les manières de l’explorer qui se renouvellent. Les méthodes classiques des sciences de gestion permettent d’analyser les stratégies, les organisations et les discours ; elles appréhendent moins directement la manière dont ces tensions s’incarnent dans les pratiques quotidiennes. C’est cet espace que le projet propose d’investiguer, en faisant dialoguer sciences de gestion et danse.

La danse comme méthode de recherche

La danse est ici envisagée comme un dispositif méthodologique de recherche complémentaire. Il ne s’agit pas de mobiliser une démarche artistique au service de la recherche, mais de considérer le corps et le mouvement comme des moyens d’explorer autrement les paradoxes de durabilité dans les organisations. L’objectif est de créer une situation d’exploration dans laquelle le corps devient une voie d’accès aux dimensions sensibles du travail, qui échappent en partie aux formes habituelles de verbalisation.

Cette démarche s’inscrit dans le courant des arts-based research (Barone et Eisner, 2012 ; Leavy, 2020) et s’inspire des travaux de Chandler (2012), qui envisagent la danse comme une méthode de recherche et de production de connaissances. Le mouvement, le rythme, les synchronisations ou les désynchronisations deviennent alors des points d’entrée pour comprendre comment les transformations du travail se manifestent à travers les pratiques des acteurs, dans une perspective attentive aux dimensions sensibles de l’expérience organisationnelle (Strati, 1999 ; 2007).

Cette approche rejoint les recherches sur le sensemaking (Weick, 1995), en invitant les participants à construire du sens sur leur rapport au travail à partir de ce que le mouvement fait émerger. Elle s’appuie également sur les travaux de Satama, Blomberg et Warren (2022), qui montrent que les dimensions corporelles de la danse peuvent éclairer les processus de créativité collective, de coopération et de coordination en révélant des formes d’interaction et d’ajustement qui demeurent souvent implicites dans les organisations.

Une recherche-création au fil de la résidence

La résidence constitue un cadre privilégié pour développer cette démarche au croisement des sciences de gestion, des arts et de la recherche-création, entendue comme une modalité de production de connaissances à partir du processus créatif (Gosselin et Le Coguiec, 2006). Cette recherche s’appuiera sur plusieurs entreprises engagées dans des démarches de responsabilité sociétale et mobilisera différents matériaux : observations de terrain, entretiens avec des salariés, managers et responsables des ressources humaines, ainsi que des ateliers associant danse, musique et temps d’échange.

Ces ateliers seront pensés comme des dispositifs destinés à faire émerger d’autres formes d’expression, de verbalisation et de réflexion sur les pratiques et les situations de travail. Les récits, observations, productions écrites ou visuelles ainsi que les traces du processus créatif seront analysés conjointement afin de mieux comprendre comment les paradoxes de durabilité sont éprouvés et incorporés dans les situations de travail.

Au-delà des publications scientifiques attendues, le projet pourra donner lieu à une création chorégraphique nourrie par les matériaux recueillis au cours de la recherche. Il invite ainsi à déplacer le regard en posant la question suivante : que révèle le corps des paradoxes de durabilité que les discours, les indicateurs et les méthodes d’enquête plus conventionnelles peinent encore à saisir ?

Biographie

Marlène Monnet Dupuy est maîtresse de conférences en sciences de gestion à Aix Marseille Université, au sein du Centre de Recherche sur le Transport et la Logistique (CRET-LOG). Titulaire d’un doctorat en sciences de gestion et d’un PhD de la Norwegian School of Management, elle consacre ses recherches au développement durable en logistique et supply chain management. Ses travaux portent sur la logistique inversée, la logistique urbaine et les paradoxes de durabilité. À partir de terrains variés — prestataires logistiques, déchets d’équipements électriques et électroniques, plateformes anti-gaspillage — elle interroge les tensions entre enjeux économiques, environnementaux et sociaux au sein des organisations et dans les pratiques des acteurs.

Ses travaux ont été publiés dans des revues telles que International Journal of Physical Distribution & Logistics Management, Revue française de gestion et Logistique & Management.

Appels à candidature

Les résidences de recherche que propose l’Iméra, Institut d’études avancées (IEA) d’Aix Marseille Université, s’adressent aux chercheurs confirmés – académiques, scientifiques et/ou artistes. Ces résidences de recherche sont distribuées sur quatre programmes (« Arts & sciences : savoirs indisciplinés », « Explorations interdisciplinaires », « Méditerranée » et « Utopies nécessaires »).