Slyomovics Suzanne
Projet de recherche
Le démantèlement d’un monde : Le patrimoine monumental colonial français de l’Algérie.
Résumé du projet
Que sont les statues coloniales de l’Algérie française, qu’elles soient en Algérie ou en France ? De l’art dans l’espace public, une complainte pour un empire perdu, des objets avec une âme, un enregistrement visuel de l’indigène algérien et du colon européen qui sont morts ensemble pour la France au cours de deux guerres mondiales ? Quelles traditions nationales en matière de sculpture ces statues et monuments aux morts inventent-ils et quelles questions se posent aux différents spectateurs ? Quand les préoccupations de l’histoire de l’art concernant la spolia, l’iconoclasme et le patrimoine sont-elles invoquées ? Comment les formes européennes de commémorations de guerre, formées dans le creuset de la guerre franco-prussienne et des deux guerres mondiales, ont-elles émergé dans l’Algérie contemporaine à partir des interactions avec la colonisation, la conscription du service militaire des colonisés et les relations postcoloniales ? Mes questions portent sur la manière dont cette « survivance » d’une vie après la mort de l’Algérie française se manifeste dans les mémoriaux, les commémorations, les pèlerinages aux monuments et l’artefact lui-même en France et en Algérie. Pour les Algériens d’aujourd’hui, étant donné le nombre élevé d’Algériens musulmans morts au cours des deux guerres mondiales, comment leur participation à la défense de la France a-t-elle été comprise et transformée d’une génération à l’autre, en particulier lorsque les gloires de la guerre d’indépendance algérienne éclipsent tout le reste ? Quelles sont les façons dont les vainqueurs et les anciens colonisés exigent de faire partie du panthéon de ceux qui sont morts pour la France tout en rejetant l’incorporation dans un récit colonial oppressif ? Le projet de livre proposé se compose de chapitres entourant trois études de cas : Le monument aux morts de 1927 d’Oran, en Algérie, légalement transféré à Lyon, en France, en 1966 ; une statue de la Vierge Marie d’Oran spoliée à Nîmes, en France, en 1963 ; et le monument du globe de la Légion étrangère française de Sidi-Bel-Abbès, une ville fondée en tant que campement militaire et foyer de la légendaire Légion étrangère française, illégalement déplacée vers le nouveau siège de la Légion à Aubagne, en France, en septembre 1962, quelques mois à peine après l’indépendance de l’Algérie.