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Rahman Najat

Poste et institution de provenance : Professeur agrégé, littérature comparée, Université de Montréal, Faculté des arts et des lettres.
Type de résidence : Résidence de recherche
Période de résidence : 15 septembre 2014 – 17 juillet 2015

Projet de recherche

Dans le sillage de la poésie : Les artistes de la diaspora palestinienne après Darwish

Résumé du projet

Comment la diaspora peut-elle  » informer/perturber  » les idées du national ? (Butler 2010) Qu’est-ce que cela signifie d’articuler une appartenance dans des formes et des contextes diasporiques ? Retracer l’influence de la poésie de Mahmoud Darwish, longtemps considéré comme un « poète national » et qui exprime de manière si poignante la perte du foyer, jusqu’aux œuvres d’art diasporiques qui évoquent souvent directement cette poésie et qui sont pourtant « à la fois chez eux et dans le monde » exige une réflexion sur « l’appartenance sans les conditions d’appartenance », comme l’a soutenu Agamben. (1993) Les « dislocations ressenties par les sujets déplacés à l’égard d’histoires perturbées et d’identités nationales changeantes et transitoires » pourraient-elles constituer cette appartenance ? (Rogoff 2000)

La recherche que je propose vise à produire une analyse interdisciplinaire de la théorie, de l’esthétique et de la politique de la production culturelle diasporique palestinienne au cours des deux dernières décennies, à la lumière de sa présence significative sur la scène internationale, et dans le sillage de l’immense influence de la poésie de Mahmoud Darwish qui a dominé la culture palestinienne pendant des décennies. Les années 1990 ont annoncé une nouvelle période de créativité dans le sillage des accords d’Oslo, et « à la suite de la décentralisation de la scène politique palestinienne. » (Pappé 2005) Il retrace l’influence de la poésie de Darwish dans les formes linguistiques, lyriques, performatives et visuelles de l’art.

L’approche est unique en ce qu’elle privilégie le support, la façon dont différents supports artistiques sont combinés pour créer des formes innovantes et de nouveaux assemblages. Étant donné la nature hybride des œuvres que j’examinerai, ainsi que les avantages d’une approche interdisciplinaire, je m’appuie sur mon expertise en études littéraires pour explorer les frontières fluides entre la production littéraire et d’autres modes de créativité artistique (en particulier la relation de la poésie avec le film, la vidéo et l’art de la performance). L’influence visible de la poésie de Darwish sur les artistes, qu’il s’agisse de poètes de la parole comme Hammad ou d’artistes visuels comme Haram, a nécessité une approche qui aborde la relation entre la poésie et les autres arts, et la transformation non seulement de ce qui est « national » à travers cet art diasporique, mais aussi des frontières distinctes de ces formes, où la poésie de Suhair Hammad fait signe à celle de Darwish dans une langue composée d’arabe et d’anglais, dans des poèmes écrits qui sont aussi interprétés comme de la poésie slam. Les œuvres d’art appellent une approche multilingue et intermédiale, une nouvelle littérature comparée comme l’a proposé Emily Apter (2006). (2006) Les exigences multimédias du projet sont à la fois novatrices et stimulantes, non seulement parce que l’on travaille sur différents supports, mais aussi parce que chaque œuvre semble déjà être multimédiale et exige donc une nouvelle approche.

Je propose une vue d’ensemble de l’art palestinien post-Oslo, un examen interdisciplinaire et théorique du cinéma, de l’art visuel et de l’expression lyrique palestiniens, un examen critique approfondi des œuvres de plusieurs artistes qui ont joué un rôle central dans cette nouvelle vague, tels que Suhair Hammad, Elia Suleiman, Hany Abu Assad, Emily Jacir, Sharif Waked. Celles-ci serviront de base à la rédaction d’un livre et à un atelier accompagné de projections de films.

Ce projet représente une contribution significative et innovante car il s’agit de la première étude substantielle à rendre compte de cette vague d’expérimentation qui a émergé après Oslo dans le contexte palestinien et à retracer l’impact de la poésie arabe moderne (en particulier celle de Darwish) sur les formes d’art qui prolifèrent. L’argument et l’approche sont également novateurs (la conceptualisation du national à travers le diasporique ; la théorisation du multilingue par rapport à l’intermédial que le diasporique a également engendré) ; l’examen de la relation de l’esthétique et de la politique à la lumière de la contribution théorique de Jacques Rancière (2010).

Appels à candidature

Les résidences de recherche que propose l’Iméra, Institut d’études avancées (IEA) d’Aix Marseille Université, s’adressent aux chercheurs confirmés – académiques, scientifiques et/ou artistes. Ces résidences de recherche sont distribuées sur quatre programmes (« Arts & sciences : savoirs indisciplinés », « Explorations interdisciplinaires », « Méditerranée » et « Utopies nécessaires »).