Le pôle Méditerranée de l’IMéRA
par Thierry FABRE, co-responsable avec Pierre Livet du pôle Méditerranée
L’IMéRA, son nom l’indique, s’inscrit dans un horizon méditerranéen.
Cela signifie, en premier lieu, une inscription territoriale particulière, à Marseille, sur les bords de la Méditerranée, ce qui n’est pas sans impact compte tenu de l’attractivité ainsi créée.
Cela induit, en second lieu, dans son activité principale d’accueil et de résidence de chercheurs et d’artistes, la volonté de favoriser l’accès à tous ceux qui viennent du monde méditerranéen, et singulièrement des rives Sud et Est de la Méditerranée.
Mais plus encore, une telle inscription de l’IMéRA dans un horizon méditerranéen l’invite à une approche décentrée de la connaissance. Il ne s’agit pas d’une simple institution de recherche française ou européenne. Elle est appelée à déplacer les lignes, à renverser les regards et les approches et à se placer, résolument, dans un horizon post-colonial. Ou, pour le dire avec Wolf Lepenies, par ailleurs fondateur d’un Institut d’Etudes Avancées à Berlin, le Wissenschaftskolleg : « Le temps des utopies est révolu, mais nous n’avons plus le droit de chercher refuge dans la mélancolie. Y a-t-il une tradition des Lumières qui ne soit pas eurocentrique ? Je crois que bien des choses vont dépendre des réponses que nous apporterons à cette question. Je crois à la nécessité, après la fin de la post-modernité, de penser encore une fois les Lumières et de réfléchir à la possibilité, sur notre vieux continent, d’une politique de l’esprit qui ne vise pas à ordonner à des fins européennes le reste du monde. » (1)
Le pôle Méditerranée de l’IMéRA peut justement être un lieu où se discute et où s’élabore une « politique de l’esprit qui ne vise pas à ordonner à des fins européennes le reste du monde. »
Perspective singulière, encore largement inédite, qui participe pleinement de la « condition humaine des sciences » et de la « recherche comme mode de vie », entre vita activa et vita contemplativa.
Le questionnement de cet horizon méditerranéen requiert non seulement une approche décentrée de la connaissance mais également une approche trans-nationale et trans-disciplinaire. C’est justement ce que l’IMéRA, comme lieu de savoir, peut rendre possible : la rencontre, et qui sait peut-être l’alliage, entre sciences humaines et sociales, sciences de l’univers et du globe, sciences du vivant et plus largement sciences dures… Traiter de la Méditerranée en considérant à la fois les évolutions des contraintes naturelles et des questions humaines est plus qu’un thème de recherche, c’est devenu une exigence collective.
Il existe donc un réel besoin de faire exister un tel lieu.
Si, en outre, à cette ouverture des disciplines et des approches scientifiques sont conviées des réflexions et des expressions artistiques, c’est une forme de « Bauhaus méditerranéen du XXIème siècle » qui pourrait voir le jour. Le lien avec Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la culture, peut à cet égard devenir très fertile.
Lieu de résidence et de savoir, lieu de rencontre et d’expérimentation, lieu de transmission et de création, l’IMéRA peut également devenir un lieu de réflexion prospective, autour de la crise, des sorties de crise et des possibles effondrements, entre Europe et Méditerranée.
Le pôle Méditerranée de l’IMéRA, dans le prolongement du réseau d’excellence Ramses2, peut contribuer à éclairer l’avenir. A travers un « Collège de la Méditerranée » qui rassemblerait des spécialistes du monde méditerranéen de toutes les disciplines, il devrait être possible de produire de la connaissance et de se donner les moyens de mieux comprendre les grands enjeux qui traversent le monde méditerranéen au XXIème : enjeux humains, culturels et religieux, politiques et stratégiques, économiques, environnementaux ou alimentaires (2)…
Des cycles de rencontres publiques, en lien par exemple avec les Rencontres d’Averroès, pourraient contribuer à valoriser ces savoirs et ces formes originales de connaissances.
Thierry FABRE, mai 2009
(1) Wolf Lepenies, "Qu’est-ce qu’un intellectuel européen ?", Seuil, 2007.
(2) Voir « La Méditerranée, horizons et enjeux du XXIème siècle ». Note de synthèse à l’attention des décideurs, coordonnée par Thierry Fabre, mai 2009.








